Quand un parent âgé commence à perdre ses repères, toute la famille prononce le même mot : Alzheimer. C'est la maladie la plus fréquente, de loin. En France, plus d'un million de personnes vivent avec elle ou avec une maladie voisine. Mais d'après l'Organisation mondiale de la santé, elle explique six à sept cas de démence sur dix. Les autres portent un autre nom, commencent autrement, et ne demandent pas le même accompagnement. Et dans une minorité de cas, ce qui ressemble à une démence peut se soigner. La vidéo avance en onze étapes, une maladie après l'autre. En voici quatre.

Alzheimer : ce qui lâche d'abord, c'est l'enregistrement

Novembre 1901, Francfort. Le médecin Alois Alzheimer reçoit une patiente, Auguste Deter, qui ne retrouve plus le nom de son mari et répète qu'elle s'est perdue. Elle a cinquante et un ans. À sa mort, il examine son cerveau au microscope et décrit le cas qui donnera son nom à la maladie.

Le début le plus classique ressemble à ceci : la même question posée trois fois pendant le même repas, alors que les souvenirs anciens restent intacts. La maladie touche d'abord l'hippocampe, la zone qui transforme ce qu'on vient de vivre en souvenir. La personne n'a pas oublié la réponse, elle ne l'a pas enregistrée. Dans un oubli normal, l'information est rangée quelque part et un indice suffit à la faire remonter. Dans la maladie d'Alzheimer, l'indice aide très peu. Les différentes formes de mémoire ne sont d'ailleurs pas atteintes au même moment.

S'inquiéter pour sa mémoire ne prouve rien, ni dans un sens ni dans l'autre : c'est le bilan qui tranche.

La maladie à corps de Lewy : des hallucinations et des jours très inégaux

Un homme de soixante-quatorze ans demande à sa femme qui sont les enfants assis dans le salon. Il n'y a personne dans le salon. Le lendemain matin, il est parfaitement lui-même. L'après-midi, il est somnolent et incapable de suivre une conversation.

Des hallucinations visuelles très détaillées, un état qui change d'un jour à l'autre, des rêves agités pendant lesquels la personne parle ou donne des coups, des gestes ralentis comme dans la maladie de Parkinson : c'est le tableau de la maladie à corps de Lewy. D'après la Haute Autorité de Santé, c'est la démence neurodégénérative la plus fréquente après Alzheimer. Elle est pourtant souvent prise pour Alzheimer, pour Parkinson ou pour une maladie psychiatrique.

Les personnes atteintes supportent très mal les neuroleptiques, ces médicaments prescrits contre les hallucinations, qui peuvent provoquer chez elles des réactions graves. Ici, mettre le bon nom sur la maladie modifie directement l'ordonnance.

La dégénérescence fronto-temporale : la mémoire va bien, le caractère change

C'est la maladie qui trompe le plus de monde, parce qu'au début la mémoire n'a rien. Ce qui change, c'est le comportement : des remarques déplacées chez quelqu'un de réservé, une indifférence nouvelle au chagrin des autres, une attirance soudaine pour le sucré ou pour l'alcool. La maladie atteint l'avant du cerveau, la zone du contrôle de soi et de l'empathie.

Elle commence le plus souvent entre cinquante-cinq ans et soixante-dix ans, parfois plus tôt, à un âge où personne ne pense à une maladie du cerveau. L'entourage parle de crise de la cinquantaine, de burn-out ou de dépression. D'après les spécialistes français des démences rares ou précoces, environ quatre cas sur dix de cette forme comportementale ne sont pas diagnostiqués, souvent parce qu'ils sont pris pour une maladie psychiatrique. Pour les proches, c'est une épreuve particulière : dans les autres maladies, la famille voit quelqu'un de malade. Ici, elle voit quelqu'un qui est devenu désagréable.

Les fausses démences : ce qui peut se soigner

Quelques tableaux imitent une démence sans en être une. Une ordonnance trop chargée chez une personne âgée, avec des somnifères ou des calmants, peut suffire à embrouiller l'esprit. Une dépression peut donner des oublis et une perte d'élan. Une thyroïde ralentie ou un manque de vitamine B12 se repèrent à la prise de sang. L'hydrocéphalie à pression normale associe une marche à petits pas, des fuites urinaires et des troubles de la pensée, et une opération peut améliorer les choses.

Ces causes restent minoritaires : d'après une synthèse d'études publiée en 2003, elles concernent moins d'un cas sur dix, et le retour complet à la normale est rare. Un cas est une urgence : une confusion qui s'installe en quelques heures ou en quelques jours. Une maladie comme Alzheimer n'apparaît jamais en un week-end, et il faut alors appeler un médecin sans attendre. D'où l'importance d'un vrai bilan, chez le médecin traitant puis en consultation mémoire. Aucun article et aucune vidéo ne peuvent poser un diagnostic.

Ce que la vidéo ajoute

La vidéo explique aussi la démence vasculaire et son évolution en marches d'escalier, la démence de la maladie de Parkinson, les formes mixtes du grand âge, et la démence liée à l'alcool, la seule où une partie des capacités peut revenir. Elle détaille les conclusions de la commission du Lancet dirigée par Gill Livingston en 2024 : en théorie, près de la moitié des cas pourraient être évités ou retardés en agissant sur quatorze facteurs, dont l'audition et le cholestérol au milieu de la vie. Pour replacer ces maladies dans un paysage plus large, la page consacrée à chaque trouble mental donne la vue d'ensemble côté troubles psychiques.