Soixante-cinq hommes contre deux mille. Une main en bois conservée comme une relique. Des parachutistes largués à deux cent cinquante mètres au-dessus d'une ville prise par des rebelles. L'élite de l'armée française ne se résume pas à une liste de sigles : chaque unité s'est construite autour d'une histoire précise, souvent tragique, parfois absurde, toujours vraie. De la Légion étrangère, qui ferme chaque année le défilé du 14 Juillet, jusqu'à une unité dont la loi interdit de révéler les membres, voici ce qui rend ces troupes uniques.

La Légion étrangère, ou l'art de fêter une défaite

Le 30 avril 1863, au Mexique, la troisième compagnie du Régiment étranger doit protéger la route d'un convoi qui transporte trois millions de francs et des munitions. Soixante-deux légionnaires et trois officiers, sous les ordres du capitaine Jean Danjou, sont surpris près du hameau de Camerone par environ deux mille soldats mexicains. Retranchés dans une grande auberge entourée d'un mur, sans avoir bu ni mangé depuis la veille, ils tiennent onze heures. Danjou est tué à midi. En fin de journée, le sous-lieutenant Maudet et ses cinq derniers hommes, avec une cartouche chacun, chargent à la baïonnette.

Le convoi, lui, passe. Depuis, la Légion célèbre chaque 30 avril ce combat perdu. Au cœur de la cérémonie, à Aubagne, un légionnaire porte la main articulée en bois du capitaine, qui avait perdu la sienne en Algérie dans l'explosion de son fusil. Retrouvée en 1865 et rachetée cinquante piastres par un officier autrichien, elle est devenue l'objet le plus sacré de la Légion. Ce que les légionnaires honorent ce jour-là, c'est une parole tenue, pas une victoire.

Le GIGN, des militaires qu'on prend pour des policiers

Le 26 décembre 1994, sur le tarmac de Marignane, les hommes du GIGN donnent l'assaut à un Airbus d'Air France détourné à Alger la veille de Noël par quatre terroristes du GIA. Les pirates ont déjà exécuté trois passagers et réclamé vingt-sept tonnes de kérosène : d'après l'enquête, ils voulaient très probablement faire s'écraser l'avion sur Paris. L'assaut, filmé en direct par la télévision, dure une vingtaine de minutes. Les quatre pirates sont tués, neuf gendarmes sont blessés, et aucun otage ne meurt pendant l'intervention.

Le GIGN appartient pourtant à la gendarmerie, qui est en France une force armée. Ses membres ont un statut militaire, même si la gendarmerie dépend du ministère de l'Intérieur depuis 2009. C'est ce qui le distingue de son équivalent de la police nationale, le RAID. Né officiellement en 1974, après la prise d'otages sanglante de la prison de Clairvaux et le massacre des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich, le GIGN est aussi l'une des premières unités dont la loi protège l'anonymat : depuis 1995, révéler l'identité d'un de ses membres est un délit.

Les 177 du 6 juin et leurs héritiers au béret vert

Le 6 juin 1944, sur plus de cent cinquante mille soldats alliés engagés en Normandie, cent soixante-dix-sept Français seulement débarquent sur les plages : les commandos de Philippe Kieffer. Né à Port-au-Prince, banquier avant la guerre, Kieffer a quarante ans quand il rejoint la France libre à Londres et décide de créer des commandos français sur le modèle britannique. Ses hommes débarquent à Colleville, sur Sword Beach, et s'emparent du casino fortifié de Ouistreham. Le soir, dix d'entre eux sont morts et trente-quatre ont été évacués blessés.

Leurs héritiers directs sont les commandos marine. Ils portent toujours le béret vert à l'anglaise, penché à droite avec l'insigne à gauche, à l'inverse de toutes les autres unités françaises. Chacun de leurs sept commandos porte le nom d'un homme, et cinq de ces noms sont ceux d'officiers tombés au combat entre 1944 et 1946, en Normandie, aux Pays-Bas ou en Indochine. Pour situer tous ces combattants dans la hiérarchie militaire, la pyramide complète est détaillée dans notre page sur chaque grade de l'armée française, du soldat au maréchal.

Ce que la vidéo raconte en plus

L'article ne présente qu'une partie de la liste. La vidéo revient aussi sur le saut du 2e REP sur Kolwezi en 1978, à une altitude à peine supérieure à la hauteur de la tour Montparnasse, et sur les SAS de la France libre, qui ont sauté sur la Bretagne dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, quelques heures avant les hommes de Kieffer. Elle présente le 13e régiment de dragons parachutistes, héritier d'un régiment de dragons levé sous Louis XIV et devenu spécialiste du renseignement, ainsi que les GCP, le CPA 10, le COS créé en 1992 pour coordonner les forces spéciales, et les nageurs de combat du commando Hubert.

Elle se termine sur l'unité la plus secrète de France, dont la loi interdit de révéler les membres. En 1985, pourtant, deux d'entre eux se sont retrouvés en photo dans les journaux du monde entier, au cœur de l'un des plus grands scandales de la Cinquième République. Et pour voir comment les meilleures troupes du monde ont parfois fini par tomber, l'histoire des armées réputées invincibles et de leur chute prolonge le sujet sur le champ de bataille.