Jeanne d'Arc a 19 ans quand on l'attache à un poteau sur la place du marché de Rouen, ce 30 mai 1431, devant une foule qui monte jusqu'aux toits. Quelques années plus tôt, elle gardait des moutons dans un coin perdu de Lorraine. Ce jour-là, elle a une armée entière (évêques, soldats anglais, badauds entassés) qui la regarde mourir. Et tout ce qu'elle réclame avant les flammes, c'est une croix.
Comment une paysanne qui ne savait pas écrire son nom s'est-elle retrouvée à commander des armées, à faire sacrer un roi de France, puis à finir brûlée vive sur une place publique ? Toute l'histoire tient en un peu moins de deux ans, et elle commence treize ans avant ce bûcher, dans un royaume qui n'y croit plus.
Une bergère qui entend des voix
On est vers 1420, à Domrémy, un village perdu à la frontière est du royaume. La guerre contre l'Angleterre dure depuis près d'un siècle (la guerre de Cent Ans) et la France vient tout juste de signer un traité qui prévoit qu'à la mort du roi, c'est le roi d'Angleterre qui héritera du royaume. Dans ce chaos, une fille de paysans, Jeanne, file la laine et garde les bêtes. Vers 13 ans, elle commence à entendre des voix qu'elle attribue à Saint Michel, Sainte Catherine et Sainte Marguerite. D'abord, elles lui demandent d'être pieuse. Puis elles montent en exigence : trouver le roi, chasser les Anglais, faire sacrer le dauphin à Reims. Quand elle va demander une escorte au capitaine de la ville voisine, Robert de Baudricourt, il la renvoie chez elle en riant. Elle revient, encore et encore, jusqu'à ce qu'il cède et lui fournisse une petite escorte et des habits d'homme pour traverser, seule paysanne au milieu d'un pays en guerre, des centaines de kilomètres de territoire ennemi.
Le siège d'Orléans, ou la bascule
À la cour, le dauphin la met à l'épreuve en se cachant dans la foule de ses courtisans : Jeanne le reconnaît et va droit sur lui. Après des semaines d'examen par des théologiens chargés de vérifier qu'elle n'est ni sorcière ni affabulatrice, il lui confie une armure, un étendard et une place à la tête de son armée, direction Orléans. La ville, verrou du royaume, est assiégée par les Anglais depuis des mois et sur le point de tomber. Jeanne y entre à 17 ans en armure blanche, interdit aux soldats de jurer, chasse les femmes du camp à coup de plat d'épée, et transforme en quelques jours une troupe résignée en armée qui veut se battre. Les Français prennent les forteresses anglaises une à une ; Jeanne, blessée par un carreau d'arbalète à l'épaule, arrache elle-même le trait et revient au combat le soir même. Le siège, qui durait depuis des mois, est levé en quatre jours. Pour les Anglais, humiliés par une fille, l'explication est toute trouvée : ce ne peut être qu'une sorcière.
Le sacre, puis la chute
La vidéo déroule la suite pas à pas : les victoires enchaînées sur la Loire, la marche risquée jusqu'à Reims où les villes ouvrent leurs portes sans combattre, et le sacre du 17 juillet 1429, où Jeanne se tient debout, étendard en main, à la place d'honneur du roi qu'elle vient de couronner. Puis le retournement : le roi, satisfait, devient prudent et préfère négocier ; l'attaque sur Paris que Jeanne réclame échoue, elle y est blessée à la cuisse, et pour la première fois son aura d'invincibilité vacille. Au printemps 1430, devant Compiègne, elle couvre la retraite de ses troupes et se retrouve prise au piège hors des murs : capturée, vendue aux Anglais, abandonnée par le roi qu'elle a fait sacrer, qui ne paiera aucune rançon.
Un procès politique déguisé en procès religieux
Les Anglais ne peuvent pas simplement l'exécuter comme une prisonnière ordinaire : cela ferait d'elle une martyre. Il leur faut prouver que ses voix venaient du diable, pas de Dieu. Ils montent donc à Rouen, début 1431, un procès en hérésie et en sorcellerie devant des juges à leur solde. Face à des théologiens aguerris qui l'interrogent pendant des semaines, Jeanne, qui ne sait ni lire ni écrire, déjoue leurs pièges, dont cette question restée célèbre, « es-tu en état de grâce ? », conçue pour la faire tomber quelle que soit sa réponse. Elle répond : « Si je n'y suis pas, que Dieu m'y mette. Et si j'y suis, que Dieu m'y garde. » Mais épuisée, menacée de torture, elle finit par signer un papier reniant ses voix. Sa peine est commuée en prison à vie. Quelques jours plus tard, retrouvée en habits d'homme dans sa cellule, elle est déclarée retombée dans son péché : il n'y a plus d'échappatoire. Le 30 mai 1431, avant que les flammes ne montent, elle demande une croix ; un soldat anglais lui en fabrique une avec deux bouts de bois. Jusqu'au bout, elle répète le nom de Jésus.
Ce que la vidéo apporte en plus
En seize minutes, la vidéo reconstitue l'intégralité du parcours de Jeanne d'Arc (de Domrémy au bûcher de Rouen, avec le siège d'Orléans et le sacre de Reims racontés en détail) jusqu'à son épilogue : réhabilitée vingt-cinq ans plus tard par le roi qu'elle avait couronné, puis canonisée cinq siècles après sa mort.





