Le 24 octobre de l'an 79, la ville romaine de Pompéi vit une journée ordinaire au pied du Vésuve, une montagne verte couverte de vigne que personne, à l'époque, ne sait être un volcan. Il reste à cette cité animée de 20 000 habitants, sur la côte au sud de Naples, à peu près dix-huit heures à vivre.

Ce qui rend cette histoire différente de toutes les autres catastrophes antiques, ce n'est pas qu'une ville ait disparu : des villes, il en a disparu des milliers. C'est qu'elle a été figée en plein mouvement : le pain encore dans le four, le repas encore sur la table. Grâce à un témoin oculaire qui a tout consigné heure par heure, on peut aujourd'hui reconstituer cette dernière journée avec précision.

Une ville qui ne se méfiait de rien

Pompéi n'est pas un village isolé : thermes, théâtres, boutiques, restaurants, graffitis à chaque coin de rue. Le récit de cette dernière journée nous est parvenu grâce à Pline le Jeune, un jeune Romain de dix-sept ans installé de l'autre côté de la baie, qui a tout observé de loin avant de coucher son témoignage, des années plus tard, dans deux lettres restées célèbres, considérées comme le tout premier reportage de catastrophe de l'histoire.

Quelques jours avant l'éruption, de petites secousses agitent la région et des puits s'assèchent sans raison apparente. Personne ne s'inquiète vraiment : dix-sept ans plus tôt, un séisme avait déjà à moitié détruit la ville, et les habitants étaient encore occupés à la reconstruire.

Le ciel qui explose et la pluie de pierre

Vers une heure de l'après-midi, le sommet du Vésuve explose sans prévenir. Une colonne de cendre, de gaz et de roches s'élève à environ 30 kilomètres de haut, trois fois l'altitude de croisière d'un avion de ligne. Pline le Jeune la décrit comme un arbre immense, un pin parasol dont le tronc et les branches s'étalent dans le ciel : une image si précise que les volcanologues appellent aujourd'hui ce type d'explosion une éruption plinienne, en son honneur.

Le vent souffle ce jour-là droit vers Pompéi, à dix kilomètres à peine du cratère, et tout ce qui vient d'être projeté retombe sur la ville en pierre ponce, une roche légère et poreuse. Au début, les habitants trouvent presque ça amusant : ça rebondit sur les toits, ça crépite. Puis la chute s'intensifie : jusqu'à 15 centimètres de pierre par heure par endroits, et une couche grise qui recouvre bientôt les rues entières.

Fuir ou s'abriter : le choix qui a décidé qui allait vivre

C'est le moment le plus humain de toute cette histoire. Face au ciel noirci en pleine après-midi et à cette pluie de pierres, les habitants de Pompéi se sont tous posés la même question sans y répondre de la même façon. La majorité a fui immédiatement, et ce sont eux, dans l'ensemble, qui ont survécu.

Une partie de la population a fait le choix inverse, en apparence plus prudent : se réfugier chez elle, sous les escaliers ou dans les caves, en attendant que ça passe. C'était en réalité le pire scénario possible. Le poids de la pierre ponce accumulée a fini par faire céder les toits, écrasant sous les décombres des gens convaincus d'être en sécurité. Au large, Pline l'Ancien, oncle du jeune témoin et commandant de la flotte romaine, part d'abord observer le phénomène par curiosité scientifique, puis, apprenant qu'une amie est bloquée sur la côte, lance toute sa flotte vers le volcan pour évacuer un maximum de monde, à contre-courant de tous ceux qui fuient.

La nuée ardente et les corps figés dans la cendre

Le vrai tournant mortel arrive au petit matin du 25 octobre. La colonne de cendre, trop lourde pour rester en l'air, s'effondre sur elle-même et dévale la pente du volcan : c'est une nuée ardente, un nuage de gaz et de roches brûlantes qui descend à plus de 100 km/h, à plus de 300 degrés. Impossible de fuir ou de se cacher. Plusieurs nuées se succèdent cette nuit-là ; celle qui atteint Pompéi tue en un instant presque tous ceux qui étaient restés, une mort si rapide, selon les volcanologues, qu'elle en devient l'unique consolation de cette nuit. Pline l'Ancien, lui, meurt sur la plage voisine, probablement asphyxié par les gaz.

Pompéi disparaît ensuite sous 4 à 6 mètres de cendre. En durcissant, cette cendre épouse et conserve la forme exacte de tout ce qu'elle recouvre, y compris les corps, qui se décomposent lentement à l'intérieur en laissant un vide à leur place. Il faudra attendre le XIXe siècle pour qu'un archéologue italien ait l'idée de couler du plâtre dans ces cavités mises au jour. Le résultat : des silhouettes entières ressuscitées dans leur dernier geste, une mère serrant son enfant, un chien encore attaché à sa laisse, des habitants qui se protègent le visage. Ce ne sont pas des statues : ce sont des vides qu'on a remplis pour redonner forme à des gens bien réels.

Ce que la vidéo apporte en plus

En treize minutes, la vidéo reconstitue cette journée acte par acte, à travers le regard des deux Pline et des habitants anonymes de la ville, avec le détail le plus marquant retrouvé sur place : un pain, carbonisé mais intact, oublié dans un four au moment où tout s'est arrêté.