Une bergère retrouvée déchiquetée en Lozère. Un magistrat ligoté sur une voie ferrée. Un cœur d'enfant conservé dans l'alcool pendant deux siècles. La France compte plusieurs dossiers criminels jamais refermés, certains depuis plus de deux cents ans. Huit affaires, huit énigmes, et une seule d'entre elles a fini par livrer sa réponse, très longtemps après les faits.

La bête du Gévaudan, trois ans que personne n'a jamais expliqués

Juin 1764. Dans les montagnes de la Lozère actuelle, une jeune bergère est retrouvée morte, le corps déchiqueté. On pense d'abord à un loup. Sauf que les attaques s'enchaînent à un rythme inconnu jusque là : des dizaines de victimes en quelques mois, presque toujours des femmes et des enfants qui gardent les bêtes. Les survivants décrivent un animal qui contourne les troupeaux pour s'en prendre directement aux humains, gros comme un veau, capable de bonds prodigieux.

L'affaire devient un feuilleton européen : les gazettes se moquent d'un royaume incapable d'arrêter un animal, et les estampes qui la représentent s'arrachent dans toute l'Europe, chacune plus monstrueuse que la précédente. Louis XV envoie des dragons, organise des battues à des milliers de paysans, promet une prime colossale. Il faudra attendre 1767 pour qu'un chasseur local abatte un animal après lequel les tueries s'arrêtent enfin. Bilan : une centaine de morts en trois ans, et une question toujours sans réponse certaine deux siècles et demi plus tard : loup d'exception, hybride, ou animal exotique échappé d'une ménagerie ?

Martin Guerre, l'homme qui a volé une vie entière

1556, un village du Sud-Ouest. Un homme revient au pays après huit ans d'absence. Sa femme le reconnaît, sa famille le reconnaît, le village le reconnaît. Il reprend sa maison, sa ferme, sa femme, et la vie continue pendant trois ans, avec des enfants qui naissent. Puis des détails se mettent à clocher, un oncle a des doutes, et l'affaire finit devant les juges de Toulouse.

Le procès tourne au vertige : l'accusé connaît tout, les souvenirs d'enfance, les détails intimes, les noms. Les juges sont sur le point de l'acquitter quand un homme entre dans la salle avec une jambe de bois : le vrai Martin Guerre, de retour d'Espagne. L'imposteur avoue et sera exécuté. Résolu au sens strict, ce dossier laisse une question que quatre siècles de commentateurs n'ont jamais tranchée : la femme, Bertrande, a-t-elle été dupée pendant trois ans, ou complice d'un mari de remplacement plus aimable que l'original ? Même Montaigne, dans ses Essais, cite l'affaire comme preuve que la justice humaine condamne parfois en croyant savoir.

Un magistrat sur une voie ferrée, un écrivain mort dans sa cheminée

D'autres dossiers de la vidéo restent entièrement dans le doute. Le courrier de Lyon, en 1796 : un homme guillotiné pour une attaque de malle-poste, avant qu'un autre homme, son sosie presque parfait, ne soit arrêté des années plus tard pour le même crime. Sa famille s'est battue pendant tout le dix-neuvième siècle pour une réhabilitation jamais obtenue complètement.

Il y a aussi la mort d'Émile Zola en 1902, officiellement un accident de cheminée, alors que l'écrivain était l'homme le plus haï de la France nationaliste depuis « J'accuse ». Et le scandale Stavisky de 1934, un escroc retrouvé mort d'une balle « tirée à trois mètres », suivi deux semaines plus tard d'un magistrat ligoté sur une voie ferrée près de Dijon. La vidéo raconte enfin l'affaire Seznec, cent ans de brouillard breton autour d'un condamné au bagne, un châtiment qu'on décrit dans notre article sur les instruments de torture et de peine à travers l'histoire, et l'affaire Dominici, une famille de touristes anglais massacrée en 1952 dans un dossier que même Orson Welles n'a jamais démêlé.

Le seul dossier froid de France qui a fini par parler

Reste le plus vieux mystère de tous. 1795, prison du Temple à Paris : un enfant de dix ans meurt en détention. C'est, dit-on, Louis XVII, fils de Louis XVI, dont on raconte la mort dans notre article sur la lignée des rois de France, de Clovis à Louis XVI. Un médecin prélève discrètement son cœur et le conserve dans l'alcool. Immédiatement, la rumeur s'installe : et si ce n'était pas le vrai dauphin ? Pendant tout le dix-neuvième siècle, des dizaines de faux dauphins défilent en Europe, certains si convaincants que d'anciens courtisans les reconnaissent.

Le doute dure deux cents ans, jusqu'à ce que la science s'en mêle : en 2000, une analyse ADN compare le cœur, après une odyssée à travers l'Europe, à des échantillons de la lignée de Marie-Antoinette. Verdict sans appel : c'est bien l'enfant de la reine qui est mort au Temple. Le plus vieux dossier froid de France est aussi le seul à avoir livré sa réponse, deux siècles après les faits.

Ce que la vidéo ajoute

L'article ne raconte que trois des huit dossiers, et seulement une partie de chacun. La vidéo complète détaille comment l'inspecteur de l'affaire Seznec est devenu, plus tard, l'un des collaborateurs les plus infâmes de l'Occupation, ce que révèle l'autopsie de la bête du Gévaudan, l'émeute qui a failli faire tomber la République en février 1934, et la tentative d'assassinat qui a visé Dreyfus lors des funérailles de Zola. Huit affaires, chacune avec ses témoins contradictoires et ses familles qui se battent parfois plus d'un siècle pour une vérité qui ne vient jamais tout à fait.