La carte de France apprise à l'école donne l'impression d'un pays dessiné depuis toujours. C'est une illusion. Des pans entiers du territoire ont été des duchés souverains, des comtés, une république insulaire ou des terres du pape, et certains ne sont devenus français que très tard. Napoléon lui-même est né à Ajaccio le 15 août 1769, trois mois seulement après la défaite de la Corse indépendante face aux troupes de Louis XV. Voici comment plusieurs de ces régions ont rejoint la France, et pourquoi les dernières communes rattachées ne l'ont été qu'en 1947.

La Corse, une république avant d'être française

En 1755, les Corses révoltés contre Gênes proclament leur république, sous la conduite de Pascal Paoli. L'île se dote d'une constitution plus de trente ans avant celle des États-Unis. En 1762, Jean-Jacques Rousseau écrit dans Du contrat social qu'il a « quelque pressentiment qu'un jour cette petite île étonnera l'Europe ». Incapable de reprendre l'île, Gênes la cède à la France par le traité de Versailles du 15 mai 1768.

Le 9 mai 1769, l'armée de Paoli est écrasée à Ponte-Novu, et Paoli part en exil en Angleterre. Charles Bonaparte, qui l'avait suivi dans la guerre, se rallie alors à la France. Pendant la débâcle, son épouse Letizia, enceinte, l'avait accompagné dans sa fuite à travers le maquis. Leur fils Napoléon naît le 15 août suivant, sujet du roi de France.

La Bretagne, une union demandée un 4 août

À la fin du quinzième siècle, la Bretagne est un État à part entière, avec son duc, sa monnaie, ses impôts et sa diplomatie. Tout bascule après la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier, le 28 juillet 1488 : le traité qui suit interdit au duc François II de marier ses filles sans l'accord du roi de France. À sa mort, quelques semaines plus tard, son héritière Anne n'a que onze ans. Son mariage par procuration avec Maximilien d'Autriche, en 1490, provoque l'intervention française, et elle doit épouser Charles VIII à la fin de 1491.

Le 4 août 1532, réunis à Vannes sous l'œil de François Ier, les États de Bretagne demandent eux-mêmes l'union perpétuelle avec la France. La province conserve ses privilèges, à commencer par le consentement de ses États à l'impôt et ses propres tribunaux. Selon l'historien Dominique Le Page, ils tiendront jusqu'à leur suppression dans la nuit du 4 août 1789, deux cent cinquante-sept ans jour pour jour après la demande de Vannes. Le destin d'Anne, reine de France à deux reprises, est raconté dans notre portrait de chaque reine de France.

La Lorraine, française à cause d'une étincelle

La Lorraine est longtemps restée un duché souverain, coincé entre la France et le Saint-Empire, même si Metz, Toul et Verdun étaient français depuis 1552. Dans les années 1730, son jeune duc François doit épouser Marie-Thérèse d'Autriche, l'héritière des Habsbourg. Pour éviter une Lorraine autrichienne, la France obtient un échange : François reçoit la Toscane, et la Lorraine passe à vie à Stanislas Leszczynski, ancien roi de Pologne et beau-père de Louis XV, avant de revenir à la France à sa mort.

Le 5 février 1766, à Lunéville, une étincelle enflamme la robe de chambre en soie du vieux duc de quatre-vingt-huit ans. Il meurt de ses brûlures le 23 février, et la Lorraine devient française ce jour-là. Quant à l'ancien duc François, il est devenu empereur, et l'une de ses filles, Marie-Antoinette, reine de France.

Tende et La Brigue, les dernières communes rattachées

Quand Nice et la Savoie deviennent françaises en 1860, deux communes de la haute vallée de la Roya restent italiennes : Tende et La Brigue. Officiellement, le roi Victor-Emmanuel II veut y conserver ses terrains de chasse. En réalité, ces crêtes offrent à l'Italie une position dominante face à la France. La Vallée des Merveilles et ses dizaines de milliers de gravures préhistoriques restent ainsi italiennes pendant quatre-vingt-sept ans.

Il faut attendre le traité de paix signé à Paris le 10 février 1947 pour que l'Italie vaincue cède ces deux communes. Le 12 octobre 1947, à La Brigue, 759 votants choisissent la France et 26 l'Italie. Les enfants nés là-bas avant cette date sont nés italiens, et sont devenus français sans jamais quitter leur village.

Ce que la vidéo raconte en plus

La vidéo parcourt douze de ces rattachements, de la Bourgogne de 1477 jusqu'aux villages de 1947. Elle raconte comment Charles le Téméraire a failli devenir roi de Bourgogne avant d'être retrouvé mort dans un étang gelé près de Nancy, en janvier 1477 ; pourquoi, jusqu'à la Révolution, le roi de France n'agissait en Provence qu'en qualité de comte ; comment l'île des Faisans, où a été signée la paix des Pyrénées, change encore de souveraineté tous les six mois ; et pourquoi Llívia est restée espagnole à cause d'un simple mot. On y croise aussi Louis XIV rendant la Franche-Comté pour garder Lille, la petite république de Mulhouse, les papes maîtres d'Avignon, le plébiscite de Nice qui a fait bondir Garibaldi, et la cession de Menton et Roquebrune par le prince de Monaco, contre quatre millions de francs.

Pour prolonger ce voyage dans les frontières qui bougent, l'histoire inverse est racontée dans les neuf pays qui ont disparu du jour au lendemain. Et les souverains qui ont rassemblé ces terres autour de la couronne sont présentés un par un dans l'histoire de chaque roi de France, de Clovis à Louis XVI.