La France n'a plus de roi depuis 1848 et plus d'empereur depuis 1870. Pourtant, trois familles revendiquent toujours l'héritage de la couronne, chacune avec son prétendant, ses partisans et ses arguments. Un Bourbon né à Madrid, un Orléans installé dans l'Aude, un Bonaparte qui a fait carrière dans la finance à Londres : voici ce que sont devenus les héritiers des rois de France, et pourquoi ils ne sont pas d'accord entre eux.

Louis de Bourbon, le « Louis XX » des légitimistes

Né à Madrid en 1974, Louis de Bourbon, duc d'Anjou, a fait carrière dans la banque et vit près de la capitale espagnole. Par sa mère, il est l'arrière-petit-fils du général Franco. Pour les royalistes dits légitimistes, il est pourtant le roi de France en titre, sous le nom de Louis XX. Son argument est généalogique : de père en fils, il est l'aîné de tous les descendants de Louis XIV, par Philippe V, le petit-fils du Roi-Soleil devenu roi d'Espagne en 1700.

Le numéro lui-même raconte une histoire. Les légitimistes comptent un Louis XIX : le fils aîné de Charles X, roi pendant quelques minutes le 2 août 1830, le temps de signer à son tour l'abdication que son père venait de signer. En octobre 2025, en pleine crise politique, Louis de Bourbon a publié une tribune dans Le Journal du dimanche sur une Cinquième République « au bord de l'effondrement », avant d'expliquer à la télévision qu'il ne se mettrait au service du pays que si la France voulait le retour de la royauté.

Jean d'Orléans et la querelle du traité d'Utrecht

Le second prétendant, Jean d'Orléans, est comte de Paris depuis la mort de son père, le 21 janvier 2019, jour anniversaire de l'exécution de Louis XVI. Il vit en France, à Montréal, un village de l'Aude proche de Carcassonne. Ses partisans, les orléanistes, l'appellent Jean IV. Il descend de Louis-Philippe, le dernier roi qu'ait connu la France, renversé en 1848.

Toute la querelle part d'un traité signé à Utrecht en 1713. Pour mettre fin à la guerre de Succession d'Espagne, Louis XIV accepte que son petit-fils Philippe V renonce à la couronne de France, pour lui et pour tous ses descendants. Les orléanistes considèrent donc la branche espagnole comme sortie du jeu. Les légitimistes répondent qu'en France, la couronne n'appartient pas au roi : c'est la loi de succession qui désigne l'héritier, et personne ne peut y renoncer. Ils rappellent aussi que l'ancêtre direct des Orléans, Philippe Égalité, a voté en 1793 la mort de son cousin Louis XVI, dont la fin est racontée dans notre article sur la mort de chaque roi de France.

Les Bonaparte, un testament qui saute une génération

Côté impérial, la descendance de Napoléon III s'éteint le 1er juin 1879, en Afrique australe. Son fils unique, le prince impérial, engagé aux côtés de l'armée britannique, est tué par des guerriers zoulous. Dans son testament, il avait désigné comme héritier son cousin Victor, plutôt que le père de celui-ci, pourtant le suivant dans l'ordre de succession.

La famille a rejoué ce scénario en 1997. Le prince Louis Napoléon a choisi pour successeur son petit-fils Jean-Christophe, alors âgé de onze ans, à la place de son fils Charles. Passé par HEC et par Harvard, Jean-Christophe Napoléon a épousé en 2019 une arrière-petite-fille du dernier empereur d'Autriche, deux siècles après le mariage de Napoléon avec Marie-Louise. Précision souvent oubliée : il ne descend pas de Napoléon Ier, mais de son plus jeune frère, Jérôme. Les descendants directs de l'Empereur passent par un fils naturel, Alexandre Walewski, né de sa liaison avec une comtesse polonaise.

Des Capétiens toujours sur le trône

La dynastie fondée par Hugues Capet règne encore, mais hors de France. Le roi d'Espagne Felipe VI descend de Louis XIV de père en fils. Le grand-duc Guillaume de Luxembourg, monté sur le trône le 3 octobre 2025, descend en ligne masculine des Bourbon-Parme. Si Felipe VI règne quand son cousin Louis ne fait que revendiquer, c'est en partie à cause d'une surdité : sourd depuis l'âge de quatre ans, le grand-père de Louis a dû renoncer en 1933 à ses droits sur la couronne d'Espagne.

Ces héritiers vivants ont même servi la science. En 2013, l'ADN de trois princes Bourbon a permis de montrer qu'une tête momifiée présentée comme celle d'Henri IV, et un sang attribué à Louis XVI, ne venaient pas des rois de France.

Ce que la vidéo ajoute

La vidéo complète passe en revue douze lignées et héritiers. Elle raconte comment le comte de Chambord a refusé la couronne en 1873 pour garder le drapeau blanc, et comment la République a été installée deux ans plus tard à une seule voix d'écart. Elle suit les bijoux de la famille d'Orléans jusqu'au vol du Louvre d'octobre 2025, explique par quels enfants illégitimes de Louis XIV les Orléans descendent du Roi-Soleil, et évoque le sort de l'enfant du Temple, dont l'énigme est détaillée dans notre article sur les crimes non résolus de l'histoire de France. Pour replacer ces familles dans la grande lignée, notre article sur chaque roi de France, de Clovis à Louis XVI reprend toute la succession. Enfin, la vidéo se termine sur un calcul de généalogie qui concerne la plupart des Européens, et qui montre que le sang des rois est bien plus répandu qu'on ne le croit.