La France a perdu presque tout son empire colonial, et pourtant elle possède encore une douzaine de territoires dispersés sur trois océans, et revendique même un morceau d'Antarctique. Certains comptent des centaines de milliers d'habitants, d'autres n'en ont aucun. Tous ont une histoire que l'on n'apprend presque jamais à l'école : comment ils sont devenus français, pourquoi ils le sont restés, et ce qu'ils rapportent à la France. Additionnés, ils lui donnent le deuxième domaine maritime du monde, plus de dix millions de kilomètres carrés, derrière celui des États-Unis. Plus de quatre-vingt-quinze pour cent de cette mer se trouve outre-mer.

La liste des territoires d'outre-mer

Dans l'Atlantique : la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-et-Miquelon. Dans l'océan Indien : La Réunion, Mayotte et les Terres australes et antarctiques françaises, qui regroupent Kerguelen, Crozet, Saint-Paul et Amsterdam, les îles Éparses et la Terre Adélie. Dans le Pacifique : la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et l'île de Clipperton. Leurs statuts varient beaucoup, du département à la collectivité d'outre-mer, jusqu'aux terres sans habitants administrées directement par l'État.

Clipperton, l'atoll sans habitants qui vaut une mer

Le 18 juillet 1917, un navire de guerre américain s'approche d'un atoll perdu du Pacifique, au large du Mexique. Sur la plage, il trouve quatre femmes et sept enfants : les derniers survivants d'une petite garnison mexicaine que plus aucun bateau ne ravitaillait depuis le début de la révolution au Mexique. Cet atoll, c'est Clipperton, et il appartient aujourd'hui à la France.

Personne n'y vit plus, à part des oiseaux de mer et des millions de crabes. Mais autour de ce petit anneau de corail, la France contrôle plus de quatre cent trente mille kilomètres carrés de mer, une surface supérieure à celle de l'Allemagne. Le Mexique revendiquait lui aussi l'île. Les deux pays ont confié le litige au roi d'Italie, Victor-Emmanuel III, qui a tranché en faveur de la France le 28 janvier 1931 : elle l'avait annexée la première, le 17 novembre 1858, au nom de Napoléon III. L'officier chargé de la mission avait fait publier l'annexion dans un journal d'Honolulu. Pour l'arbitre, cette publicité suffisait.

La Guyane, de la catastrophe de Kourou aux fusées Ariane

La plus longue frontière terrestre de la France n'est pas celle qu'elle partage avec l'Espagne : c'est celle qui sépare la Guyane du Brésil, plus de sept cents kilomètres de fleuve et de forêt. En 1763, juste après la perte du Canada, le ministre Choiseul veut faire de la Guyane une colonie de peuplement. Environ onze mille colons venus de toute l'Europe débarquent sur les bords du fleuve Kourou, où rien n'est prêt pour les accueillir. En moins de deux ans, plus de la moitié meurent de maladie. L'historienne Marion F. Godfroy a consacré un livre à ce fiasco : Kourou, 1763 : le dernier rêve de l'Amérique française.

Deux siècles plus tard, en 1964, la France cherche un site pour lancer ses fusées, car l'indépendance de l'Algérie l'oblige à quitter le Sahara. Elle choisit Kourou. La proximité de l'équateur donne aux lanceurs l'élan de la rotation terrestre, et l'océan, à l'est et au nord, reçoit les débris en cas d'échec. Depuis 1979, les fusées Ariane décollent de l'endroit même où la colonisation avait tourné au désastre. Entre les deux, la Guyane a été la terre du bagne, de 1852 à 1953, une histoire racontée dans notre vidéo sur les prisons les plus cruelles de l'histoire.

Saint-Barthélemy, l'île échangée contre un entrepôt

En 1784, Louis XVI cède Saint-Barthélemy au roi de Suède Gustave III. En échange, la France obtient le droit d'installer un entrepôt dans le port suédois de Göteborg. L'île reste suédoise près d'un siècle, et sa capitale porte encore le nom du roi : Gustavia. En 1877, les habitants votent leur retour à la France, à une voix près de l'unanimité. Collectivité d'outre-mer depuis 2007, Saint-Barthélemy a quitté l'Union européenne en 2012, tout en restant française et en payant en euros.

La Suède a d'ailleurs brièvement obtenu une autre île française. En 1813, les Anglais, qui occupaient la Guadeloupe, la lui ont cédée pour acheter son alliance contre Napoléon. Rendue à la France dès 1814, elle a valu à la Suède un dédommagement de vingt-quatre millions de francs, transformé en rente pour la famille Bernadotte et versé jusqu'en 1983.

Ce que la vidéo raconte encore

La vidéo fait le tour complet des territoires. Elle raconte la montagne Pelée, qui a rayé Saint-Pierre de la carte en 1902, et Aimé Césaire défendant la départementalisation de 1946. Elle suit l'amiral Muselier, qui rallie Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre à la veille de Noël 1941, sans prévenir Washington, et revient sur la contrebande d'alcool des années de la prohibition. Elle explique pourquoi La Réunion a changé quatre fois de nom au gré des régimes, comment Mayotte a choisi de rester française, et ce qu'ont vécu les naufragés de Tromelin, abandonnés quinze ans sur un îlot de l'océan Indien.

Elle revient aussi, avec sobriété, sur les essais nucléaires en Polynésie et sur les trois référendums de la Nouvelle-Calédonie, avant de se terminer à Wallis-et-Futuna, où la République reconnaît officiellement trois rois. Le trésor du pirate La Buse, caché peut-être à La Réunion, figure parmi les dix trésors de France jamais retrouvés. Et certains pays ont eu moins de chance que ces confettis d'empire : ils ont disparu du jour au lendemain.