Un jour d'hiver, Marie-Antoinette attend sa chemise, déjà déshabillée, les bras croisés sur la poitrine. La chemise est là, dépliée, dans les mains de sa femme de chambre. Mais elle doit d'abord passer de main en main, selon le rang des princesses qui entrent dans la pièce. C'est Madame Campan, sa femme de chambre, qui raconte la scène dans ses Mémoires. À Versailles, l'étiquette réglait tout, du lever du roi à son coucher, de la façon de s'asseoir à la manière d'entrer dans une pièce. Voici les règles les plus folles de la cour, racontées par ceux qui les ont vécues, et ce qu'elles disent du système mis en place par Louis XIV.

La chemise de la reine, un honneur qui se transmet par rang

À la cour, passer sa chemise à la reine est un honneur. Il revient à la dame d'honneur, sauf si une princesse est présente. Ce jour-là, raconte Madame Campan, la dame d'honneur vient de prendre la chemise quand on gratte à la porte : c'est la duchesse d'Orléans, princesse du sang. L'honneur lui revient, mais la dame d'honneur n'a pas le droit de le lui transmettre directement, et la chemise repasse par les mains de la femme de chambre. On gratte de nouveau : cette fois, c'est la comtesse de Provence, la belle-sœur du roi, encore plus haut placée. Pendant tout ce temps, la reine attend. Elle finit par rire pour cacher son impatience, tout en répétant entre ses dents : « C'est odieux ! Quelle importunité ! » Pour Madame Campan, la règle a pourtant un sens : autour du roi et de la reine, tout le monde doit servir, à commencer par leur propre famille.

S'asseoir devant le roi, un privilège rarissime

À la cour, chaque siège correspond à un rang. Tout en haut, le fauteuil. En dessous, la chaise à dos, puis le tabouret, et tout en bas, rester debout. Le duc de Saint-Simon, qui a vécu plus de vingt ans à la cour de Louis XIV, a vu le fils du roi, l'héritier du trône, rester debout pendant que son père mangeait, sans que le roi lui propose jamais un siège. Le frère du roi, lui, devait attendre deux invitations, avec une révérence à chaque fois, avant de s'asseoir sur un simple tabouret. La seconde invitation tenait en une phrase : « Mon frère, asseyez-vous donc. » On comprend mieux pourquoi les duchesses se disputaient tant le droit d'avoir un tabouret chez la reine.

Des faveurs qui ne coûtaient presque rien

Pourquoi tant de règles ? Saint-Simon donne la clé : le roi n'avait pas assez de vraies faveurs à distribuer pour tenir toute sa noblesse, alors il en inventait des imaginaires. Tenir le bougeoir pendant que le roi se déshabille, porter un habit bleu brodé réservé à quelques dizaines d'élus, être invité à Marly en lui glissant simplement « Sire, Marly ! » : ces distinctions ne coûtaient presque rien, et tout le monde se battait pour les obtenir. À l'inverse, l'absence était une condamnation. Quand on demandait une grâce pour quelqu'un qu'on voyait rarement à la cour, Louis XIV répondait : « C'est un homme que je ne vois jamais. » Le marquis de Vardes, rappelé après presque vingt ans d'exil, l'a résumé devant le roi, dans une réplique rapportée par Madame de Sévigné : « Sire, quand on est assez misérable pour être éloigné de vous, non seulement on est malheureux, mais on est ridicule. »

1400, l'année qui ouvrait les carrosses du roi

Certaines règles relevaient presque de l'archéologie. Depuis une ordonnance de 1760, pour être présenté au roi et monter dans ses carrosses, il fallait prouver sa noblesse jusqu'en 1400, avec trois actes originaux par génération : contrats de mariage, testaments, partages. Soit une trentaine de documents pour une douzaine de générations. Les familles anoblies par une charge de magistrat ou par une lettre du roi étaient écartées, sauf exception. En février 1787, le jeune Chateaubriand franchit l'épreuve et suit Louis XVI à la chasse. Sa jument l'emporte jusqu'au chevreuil abattu, avant l'arrivée du roi, qui se contente de lui lancer avec un gros rire : « Il n'a pas tenu longtemps. » Ce sera, écrit-il dans ses Mémoires, le seul mot qu'il obtiendra jamais de Louis XVI.

Ce que la vidéo raconte encore

La vidéo passe en revue onze règles au total. Elle explique pourquoi on grattait aux portes au lieu de frapper, pourquoi des ambassadeurs ont refusé de venir à un camp militaire à cause d'un seul mot écrit à la craie, et pourquoi on saluait une pièce d'orfèvrerie en forme de bateau comme on saluait le lit du roi. Elle raconte aussi le privilège, défini très sérieusement par l'Académie française en 1718, d'entrer chez le roi pendant qu'il était sur sa chaise percée, le bruit de tonnerre des courtisans à la mort de Louis XV, et la règle qui a failli coûter la vie à Marie-Antoinette en décembre 1778.

Pour replacer ces scènes dans leur époque, la lignée complète est racontée dans l'histoire de chaque roi de France, de Clovis à Louis XVI, et le destin de leurs épouses dans le portrait de chaque reine de France. Quant aux derniers instants des souverains, ils sont détaillés dans la façon dont chaque roi de France est mort.